Le codex de Pray
(texte intégrale du livre)
Date : 1192 -
1195
Certains
sindonologues(1) pensent qu’une miniature prouve
l’existence du suaire de Turin lui-même au moins 1 siècle
avant son apparition à Lirey et la date donnée par
le carbone
14.
C'est le Codex de Pray, du nom du jésuite qui l’étudia pour
la première fois. C'est un manuscrit conservé à la
Bibliothèque Nationale de Budapest et daté entre 1192 et
1195.
Il y a plusieurs miniatures :
Sur celle qui représente
l’onction du corps de Jésus, on peut y voir le Christ
mort, allongé sur un linge. Une autre représente
les Saintes Femmes au tombeau avec un ange
désignant l’endroit où se trouvait le corps du Christ avant
la résurrection. Le corps n’y est donc plus.
Enfin, sur un autre dessin, on voit le
Christ ressuscité assis sur un trône avec les
plaies de la Passion.
Et ce qui rend exceptionnel ces miniatures, c’est le nombre
de points communs avec le linceul de Turin :
Sur la première miniature
Le Christ est représenté nu : Il n’est certes pas rare à
cette période de voir des représentations du Christ semi-nu
que ce soit sur la croix ou allongé sur un linceul. Mais
dans la quasi totalité des cas le Christ possède un linge,
parfois transparent, autour du bassin qui cache le sexe de
Jésus. Or sur ce codex, le Christ est totalement nu et ce
qui cache son sexe c’est bien le croisement de ses
poignets.
Certes on aperçoit la rondeur d’une fesse ce qui donne une
position particulière et non naturelle au Christ allongé
mais ce dessin est une représentation et non un dessin
réaliste respectant les perspectives(2).
-
Les poignets croisées : Qu’il cache le pubis ou non
(selon les points de vue ou les problèmes de perspective)
les mains se croisent à peu près au niveau des poignets. Ce
n’est pas un détail troublant car beaucoup d’oeuvres de
l’époque reproduisent ce croisement. De plus sur le linceul
de Turin la main droite est posée sur le poignet gauche
donc il n’y a pas véritablement de croisement des mains.
Mais la plupart du temps, lorsque l’on observe des
peintures où ce geste est reproduit, il ne cherche pas à
cacher quoique ce soit, un voile est souvent utilisé à
cette fin, et ce croisement de main est bien souvent situé
au niveau du ventre. Sur ce codex, les bras trop long
anatomiquement “représentent” grâce au croisement des
poignets un moyen de cacher le sexe de Jésus.
- Les doigts du Christ sont longs et
les pouces ne sont pas représentés : De nombreuses oeuvres de
l’époque du codex ne représentent pas non plus les pouces.
- Sur le dessin où se trouve l’ange et les Saintes Femmes,
on voit une sorte de “linceul” déplié avec sur une partie,
des traits irréguliers en forme de pyramide et une série de
ronds en forme de
“L” à
l’envers. Sur cette partie se trouve posé dessus ce qui
semble être le suaire qui a entouré la tête du Christ et
dont Jean parle dans son Evangile. Une autre partie à
l’horizontale, plus grande que la première est remplie de
croix avec une autre série de ronds en forme de
“P”. On
retrouve sur d’autres dessins de ce codex, des éléments
décoratifs en forme de ronds sur les pieds d’un trône ou
sur l’encolure d’une des Saintes Femmes par exemple. On
pourrait donc penser que les deux séries de ronds sur le
linceul du Codex font parties de la décoration. Mais quel
est leur intérêt décoratif ? Ils ne sont pas visibles au
premier coup d’oeil puisqu’ils sont noyés dans les croix ou
les traits irréguliers. On pourrait penser à des lettres
comme le L ou le P, des initiales peut-être, mais le “L”
est à l’envers ce qui ne rend pas évident sa lecture et sa
visibilité :
il est donc difficile de penser à des lettres.
Certains sindonologues pensent que ces deux séries de ronds
sont les reproductions des brûlures que l’on peut voir sur
le linceul. En effet, on voit sur le linceul de Turin des
trous dans le linge qui sont des brûlures rondes. Le
rapprochement paraît évident. Mais si on a bien la
correspondance avec des traces en forme de “L”
sur le linceul et le codex de Pray, il est
plus difficile de voir des brûlures en forme de “P”
sur le linceul de Turin. De plus, sur le
linceul de Turin il y a 4 séries de brûlures alors que sur
le codex de Pray seule 2 séries sont dessinées. Si celui
qui a dessiné sur ce codex a voulu représenter le linceul
de Turin, pourquoi n’avoir fait que 2 séries de ronds ?
Peut-être qu’encore une fois c’était seulement une
“représentation” avec les canons picturales de l’époque et
selon ce que le peintre aurait pu voir et non une
reproduction à l’identique...
Les traits irréguliers et les croix sont pour les
sindonologues, la représentation de l’armure en chevron du
linceul de Turin. Les traits irréguliers en pyramides et
les croix sont là pour différencie les deux faces du
linceul.
Quelques problèmes se posent quand même. L’armure en
chevron n’est pas sur le dessin du linceul où le corps du
Christ est allongé, dans la première miniature. Sur la
deuxième miniature, le linceul est très rectangulaire
beaucoup moins souple en apparence par rapport toujours au
dessin où se trouve le Christ allongé. Mais je pense que
l’auteur des miniatures voulaient dans un cas mettre
l’accent sur le corps du Christ et donc n’a pas rajouté de
détail au linceul qui se trouvait sous ce corps, et dans un
autre cas il voulait montrer que le corps du Christ avait
disparu et a donc rajouté des détails au linceul (armure en
chevron par exemple) pour faire la différence entre les
deux miniatures.
Dans l’esprit des sindonologues celui qui a dessiné ce
codex l’a fait en voulant recopier ce qu’il avait eu sous
les yeux plusieurs années avant, à savoir le linceul de
Turin. De nombreuses similitudes existent entre ce dessin
et ce linge (Il est possible voire probable qu’il l’est
peint de mémoire, plus tard, d’où les erreurs.
On a en effet une idée de la façon dont le miniaturiste
aurait pu entrer en contact avec le linceul :en 1150 en
effet, une délégation de diplomates hongrois fut reçue à
Constantinople en grandes pompes. Selon Lévêque et
Pugeaut(3), ils eurent la permission de contempler le
linceul déployé. Peut-être un artiste de la délégation
garda t-il en mémoire ce qu’il vit et le reproduisit-il de
mémoire une quarantaine d’années plus tard.). Ceci étant,
puisque ce manuscrit date d'au plus tard 1195, si le
linceul de Turin que nous pouvons voir est probablement le
même que celui qu'a vu l'homme qui a dessiné cette
miniature, alors le linceul de Turin existait environ 1
siècle avant son âge donné par la datation au Carbone 14
(1260-1390).
Mais il existe aussi quelques différences ou incohérences
entre le dessin et le linge.
Résumons :
Correspondance codex/linceul :
- Christ entièrement nu.
- Poignets croisés qui cache le pubis.
- Doigts longs avec absence des pouces.
- 2 séries de ronds pouvant représenter les brûlures du
linceul de Turin dont une série à la même forme en “L”.
- Représentation de l’armure en chevron du linceul.
Différence codex/linceul :
- Sur une des miniatures, le linceul où se trouve le corps
du Christ n’est pas représenté avec l’armure en chevron.
(mais ce qui est mis en avant c’est le corps et non le
linceul).
- Le corps du Christ sur le codex de Pray n’est pas
ensanglanté
- Une des séries de ronds sur le codex représentent un “P”
alors que sur le linceul il n’y a pas clairement de
brûlures en forme de “P”. De plus il y a 4 séries de
brûlures sur le linceul et 2 seulement sont représentées
sur le codex.
- Sur le codex, le linceul qui est dessiné n’a pas
“l’image” du corps imprimé dessus.
Je crois qu’il est difficile de se mettre à la place de
celui qui a dessiné ces différentes miniatures et il serait
peut-être plus prudent de ne faire que des constatations
sans vouloir interpréter dans un sens ou dans l’autre
chaque détail. Je vois donc trois possibilités pour
interpréter ces différentes miniatures dans leur ensemble :
le dessinateur avait eu le linceul de Turin sous les yeux
et l’a reproduit plus tard avec nombre de détails comme on
l’a vu.
Les différences pourraient simplement s’expliquer par le
défaut de mémoire. Il a pu aussi, et ce n’est pas
contradictoire avec ce qui précède s’être “inspiré” du
linceul pour illustrer la passion et la résurrection du
Christ en ne reproduisant que quelques détails (trous,
armure en chevron). Son but n’était pas de reproduire le
linceul sur ces dessins mais de l’insérer dans une « mise
au tombeau ». Le dessinateur s’inscrit dans une tradition
picturale de son époque et il n’y a pas de lien avec le
linceul.
Personnellement, les points communs très particuliers avec
le linceul (trous, armure en chevron, Christ entièrement
nu) ainsi que l’insertion du « linceul » dans une scène
beaucoup plus large, me font pencher vers la deuxième
hypothèse.
Il faut savoir que ce codex renferme plusieurs dessins
retraçant la passion et la résurrection du Christ. Ce qui
le rend remarquable par rapport à d’autres peintures de son
époque ce n’est pas la correspondance de chaque détail avec
le linceul de Turin car certains se retrouvent dans
d’autres représentations, mais c’est bien le nombre de ces
détails et le fait que l’on ne trouve pas de raison
artistique évidente à certains d’entre eux.
Références :
1 - La sindonologie du latin “sindon” qui veut dire
linceul, est la discipline qui rassemble toutes les
personnes qui étudient le linceul de Turin et qui pour la
plupart estiment que ce linge est celui de Jésus de
Nazareth.
2 - On peut voir à Berzé-la-Ville, dans la chapelle des
moines de Cluny, une représentation du martyre de Saint
Vincent où il est peint allongé, nu, dans une position non
naturelle, les poignets croisés sur le bas du ventre et une
main cache son sexe. Cette fresque date du XIIe siècle.
3 - Jean Lévêque et René Pugeaut, Le Saint-Suaire revisité,
Éditions du Jubilé, 2003.
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